Lancée en 2020 pour succéder au crédit d’impôt à la transition énergétique, MaPrimeRénov’ a traversé une période agitée entre 2025 et 2026 : deux suspensions successives, une réouverture partielle, puis une refonte des règles d’éligibilité. Pour un propriétaire qui envisage des travaux ou la mise en vente d’un bien énergivore, comprendre ces évolutions est devenu indispensable avant de déposer un dossier.
Deux suspensions, deux réouvertures : la chronologie d’un dispositif sous tension
Le Parcours accompagné (rénovation d’ampleur avec gain d’au moins deux classes au DPE) a été suspendu une première fois le 23 juin 2025, sous l’effet conjugué d’un afflux de demandes, de contraintes budgétaires et d’une vague de fraudes. Une réouverture partielle a eu lieu le 30 septembre 2025, mais avec seulement 13 000 nouveaux dossiers acceptés, priorité étant donnée aux ménages très modestes (catégorie Bleu) et aux logements classés E, F ou G.
Le 1er janvier 2026, faute de loi de finances adoptée à temps, le dispositif a été à nouveau suspendu. Les dossiers déposés avant le 31 décembre 2025 mais non validés n’ont pas pu faire l’objet d’un versement. La situation s’est finalement stabilisée le 23 février 2026, après l’adoption de la loi de finances via l’article 49.3 : ma prime renov a rouvert pour tous les profils de ménages, y compris les propriétaires de logements classés C et D souhaitant engager une rénovation globale.
Des règles resserrées et des barèmes revus pour 2026
Le décret n° 2025-956 du 8 septembre 2025 a exclu plusieurs travaux du Parcours par geste (mono-geste) à compter du 1er janvier 2026. L’isolation des murs par l’extérieur ou par l’intérieur et les chaudières à bois (granulés ou bûches) ne sont plus finançables seuls : ils restent éligibles uniquement dans le cadre d’un bouquet de travaux. La pompe à chaleur, en revanche, demeure une solution prioritaire dans le dispositif.
Les plafonds de dépenses du Parcours accompagné ont également été abaissés. Pour un gain de deux classes DPE, le plafond est fixé à 30 000 € HT (contre 40 000 € auparavant), avec un taux de subvention allant de 80 % pour les ménages très modestes à 10 % pour les ménages aisés. Pour trois sauts de classe ou plus, le plafond passe à 40 000 € HT. Le bonus pour sortie de passoire thermique, qui existait précédemment, a été supprimé. Ces ajustements s’accompagnent de plafonds de revenus révisés annuellement par l’Anah : en Île-de-France, un ménage d’une personne est classé en catégorie Bleu jusqu’à 24 031 € de revenu fiscal de référence, contre 17 363 € hors Île-de-France.
Jusqu’au 31 décembre 2026, certaines obligations sont temporairement levées : le DPE n’est pas requis avant tout dépôt de dossier, les passoires thermiques ne sont pas contraintes de choisir le Parcours accompagné, et l’obligation de réaliser un geste de chauffage en premier reste suspendue.
Un dispositif recentré sur les passoires thermiques, avec des enjeux forts pour les propriétaires
Le budget alloué à MaPrimeRénov’ pour 2026 atteint 3,6 milliards d’euros sur un total de 4,6 milliards pour l’Anah. L’objectif est de financer la rénovation d’ampleur de 120 000 logements, dont 68 000 en copropriété et 52 000 en individuel. La priorité accordée aux logements F et G et aux ménages modestes traduit un recentrage stratégique vers les situations les plus urgentes.
Pour les propriétaires bailleurs ou vendeurs de biens énergivores, ce contexte a des implications concrètes. Les ménages aisés ne bénéficient que de 10 % de subvention sur le Parcours accompagné, ce qui les incite à combiner MaPrimeRénov’ avec d’autres aides comme les certificats d’économies d’énergie ou l’éco-PTZ. Dans tous les cas, les travaux doivent être réalisés par un professionnel labellisé RGE, condition sine qua non pour prétendre à la prime.
Après deux ans de turbulences, MaPrimeRénov’ semble avoir retrouvé une certaine stabilité. Mais les règles ont changé, les montants ont été revus à la baisse pour certains profils, et plusieurs travaux autrefois aidés en solo ne le sont plus. Anticiper ces paramètres avant d’engager un chantier reste la meilleure façon d’éviter les mauvaises surprises.

